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Je suis un étranger dans ce monde

J’ai parcouru l’Univers d’un bout à l’autre, mais je n’ai pu trouver un endroit où reposer ma tête. Et je n’ai connu aucun des humains que j’ai rencontrés, ni un individu qui ait voulu prêter l’oreille à mon âme.

Lorsque je sors pour trouver la lumière, l’ombre de mon corps me suit, mais l’ombre de mon esprit me précède et me ramène vers un endroit inconnu à la recherche de choses qui dépassent mon entendement.

Elle possède plusieurs noms, mais une seule réalité. Elle a de nombreuses apparences, mais elle est faite d’un seul élément. En vérité, elle est une maladie perpétuelle que chaque génération lègue à ses successeurs.

J’ai trouvé l’esclavage muet qui associe la vie d’un homme à une femme qu’il abhorre, et qui dépose le corps de la femme dans le lit d’un mari qu’elle hait en étouffant spirituellement leurs deux existence.

J’ai trouvé l’esclavage sourd qui étouffe l’âme et le coeur et qui fait de l’homme l’écho vide d’une voix et l’ombre pitoyable d’un corps.

J’ai trouvé l’esclavage infirme qui place le cou de l’homme sous le joug d’un tyran et qui soumet les corps vigoureux et les esprits faibles aux fils de l’Avidité, afin qu’ils puissent s’en servir comme instruments de leur pouvoir.

J’ai trouvé l’esclavage affreux qui descend du spacieux firmament avec l’âme des enfants pour pénétrer dans la maison de la Misère, où le Besoin vit de l’Ignorance et où l’Humiliation côtoie le Désespoir. Les enfants grandissent en miséreux, vivent en criminels et meurent en êtres inexistants, méprisés et rejetés.

J’ai trouvé l’esclavage subtil qui donne aux choses d’autres noms que les leurs, qui appelle malice l’intelligence, vide une connaissance, faiblesse une tendresse et lâcheté un ferme refus.

J’ai trouvé l’esclavage retors, qui fait remuer avec crainte les langues des faibles et les pousse à parler contre leurs sentiments. Ils feignent alors de méditer sur leurs devoirs, mais ils deviennent aussi vides que des sacs qu’un enfant peut plier et suspendre.

J’ai trouvé l’esclavage courbé qui oblige une nation à subir les lois et les règlements d’une autre nation, et dont la courbure est plus grande de jour en jour.

J’ai trouvé l’esclavage qui marque pour toujours du sceau de la honte et de la disgrâce les fils innocents des criminels. Quand on contemple l’esclavage on découvre qu’il possède le vicieux pouvoir de se perpétuer et de se propager.

Lorsque je me sentis las de suivre les âges dissolus et fatigué de regarder des peuples lapidés, je marchai en solitaire dans la Vallée de l’Ombre de la Vie, où le passé essaie de se cacher dans un sentiment de culpabilité et où l’âme du futur se replie et se repose trop longtemps. Là, sur les berges de la Rivière du Sang et des Larmes qui rampent comme une vipère venimeuse et se tord comme les rêves d’un criminel, j’ai entendu le murmure effrayé des fantômes des esclaves et j’ai regardé le néant.

Lorsque vint minuit et que les esprits jaillirent de leur cachettes, je vis un spectre cadavérique et mourant tomber sur les genoux et regarder la lune. Je m’en approchai et lui demandai:

« Quel est ton nom ? » « Mon nom est Liberté »
Jean Marc Henry

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